Contes : histoires... légendes...

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bois.JPGIllustration Didier Ballesta

Le loup... Il a inspiré bien des histoires, dont celle qui nous fut racontée lors de la soirée de restitution de la collecte occitane du canton de Thenon (lire le compte-rendu en bas d'article), qui pourrait s’intituler «il a vu le loup», et que voilà :

Un enfant qui rentrait chez lui - à pied, est-il besoin de le dire ? - sent la présence d’un loup, derrière lui. L’enfant presse le pas, mais rien n’y fait : la bête est toujours là, à quelques pas de lui. Arrivant à Thenon, car c’est à Thenon que cette histoire (véridique, mythique ?) se situe, le loup est encore sur ses talons. Il le suit jusque dans la cour de la maison... L’enfant entre, se rue vers son père... Mais rien ne sort de sa bouche... Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’il retrouve l’usage de la parole et peut raconter son aventure. Le père sort, le fusil à la main... Le loup, heureusement pour lui, a filé...

 

Citons-en deux autres qui présentent les mêmes caractéristiques de réalisme - ce qui les différencie des contes - et qui étaient données pour l’authentique relation de faits s’étant produits en un lieu précis, à un moment précis... Le problème quand même, c’est que ces histoires «vraies» se racontaient un peu partout en France, et sans aucun doute ailleurs...

 

L’histoire du violoneux. Voilà donc un violoneux qui rentre chez lui à pied, par une nuit glaciale d’hiver, après avoir donné sa musique à l’occasion de quelque bal. Soudain, il sent une présence : c’est un loup qui le suit. L’homme presse le pas. Le loup est toujours là, à quelques pas de lui. Notre violoneux prend peur... De sa besace, il sort le boudin que la patronne lui a donné après la fête. Il en pose un morceau par terre et continue sa route, avançant à grandes enjambées dans l’espoir de se défaire d’un compagnon de route aussi peu agréable. Peine perdue : une fois avalé le morceau, le loup rattrape le bonhomme. L’affaire se reproduit plusieurs fois jusqu’à ce qu’il n’y ait plus le moindre morceau de boudin dans la besace... Ni d’ailleurs de quoi que ce soit qui pourrait rassasier la bête : il n’y a plus que ... le violon ! Pris d’une inspiration soudaine, le musicien s’en saisit et se met à jouer un air endiablé. Le loup se fige, dresse ses oreilles, pousse un long hurlement... et disparaît dans la nuit.

«Si j’avais su qu’il n’aimait pas la musique, je n’aurais pas sacrifié mon boudin», dira le violoneux chaque fois qu’il racontera son histoire.

 

L’histoire du tailleur. Bien, ce tailleur passe la journée chez de riches clients, à confectionner un beau costume. On arrose ça. Le temps passe. Il est grand temps de rentrer. Comme la nuit ne va pas tarder à tomber, notre homme délaisse le chemin et coupe à travers bois. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds : il vient de tomber au fond d’un piège à loups. Il se relève, s’époussette et découvre avec horreur qu’il n’est pas seul dans la fosse : un loup y est déjà prisonnier. Le tailleur se saisit de la seule arme qu’il possède : ses ciseaux. Et va commencer une longue longue nuit pour le tailleur, à faire claquer ses grands ciseaux pour tenir le loup à distance. Au petit matin, les paysans du coin, intrigués par ce bruit étrange qui monte du piège s’approchent, découvrent la scène, mettent en joue l’animal, l’abattent et délivrent le tailleur... L’histoire ne dit pas si, comme l’enfant de Thenon, le tailleur mit quelques temps avant de pouvoir parler mais elle indique qu’à chaque narration de son aventure, il terminait ainsi : «Je ne sais pas qui, au fond de ce trou, a eu le plus peur, du loup ou de moi».

 

Le loup ayant longtemps disparu de nos campagnes - son retour ne sera pas sans susciter de nouvelles histoires - ce sont d’autres animaux, sauvages, bien sûr, qui, de nos jours, font causer :

 

Ainsi la vipère...

 

C’est un manège, laissé à la libre disposition des gens, près d’une route, à l’orée d’un bois... Une famille s’y arrête. L’enfant choisit de s’installer sur un cochon de bois... Soudain, il se met à pleurer et dit «Le petit cochon m’a mordu». Ses parents ne prennent évidemment pas ces paroles au sérieux. Le lendemain, l’enfant décède. On diagnostique la morsure d’une vipère et l’on découvre avec horreur qu’une vipère avait effectivement fait son nid dans la gueule du cochon de bois... 

Histoire située sur le canton de Thenon, dans les années 70. La même, strictement, racontée comme ayant eu lieu en Normandie, par une chanteuse de passage à la Caverne, à Périgueux. 

 

Et la voilà qui ressort en juin 2013, sur un site de TF1, parmi les réactions des internautes à un article scientifique sur les morsures de vipères, et située cette fois dans le Jura :

 

"Pourquoi vouloir dédramatiser un sujet bien réel..? Je me souviens d'un petit bout de chou, dans le Jura, qui à la suite d'un tour de manège avait dit à sa Maman: "Le cochon, il m'a mordu!" La mère n'avait pas prêté attention aux dires du gamin qui est mort dans la nuit... Une vipère avait fait son nid dans la gueule de ce cochon du manège et avait mordu la main du petit..."

 

La vipère, toujours : Partout, sur le territoire français, les écologistes ont réalisé des lâchers de vipères au moyen d’hélicoptères. Nombreux sont ceux qui ont vu, de leurs propres yeux, au détour d’un taillis, ces caisses éventrées d’où s’étaient échappés les sinistres reptiles... relâchés dans le but évident de nuire aux chasseurs... Et s’ils ne les ont vues eux-mêmes, ils connaissent quelqu’un qui les a vues. 

 

Voilà qui nous amène au renard, ce cousin du loup, pour une histoire similaire.

 

Dans la Double, des chasseurs sont au bord de la route. Arrive un camion. Le conducteur s’arrête, appelle les chasseurs. «Venez voir ce que je transporte...» Il entrouvre la porte arrière... Il y a là des dizaines de renards que les écologistes destinent à repeupler les bois de la Double.

La personne qui m’a relaté cette aventure la tenait de son cousin qui figurait parmi les chasseurs du bord de route.

 

 

Enfin, le sanglier.

 

Un accident, sur une route. Le conducteur roule tranquillement et, soudain, un sanglier tente de traverser la route. Le choc est violent. La voiture est immobilisée. Le conducteur descend, constate les dégâts. L’animal a disparu. Les secours arrivent. On ouvre le capot... Et voilà que le sanglier qui s’y était encastré sort, en parfaite santé, lui, contrairement à la voiture. Et il s’enfuit. Sans demander son reste...

 

Loup... vipère... renard... cochon sauvage ou en bois... écologiste : la nature, même en milieu rural, semble toujours sujet d’inquiétude pour l’animal sans crocs ni griffes qu’est l’homme...

 

D. B.

 

 

*Les deux histoires de loup sont tirées de «Le Limousin des légendes» de Roger Maudhuy. Éditeur : Lucien Souny

 

PS. Amis lecteurs, si vous avez des connaissances précises et documentées sur les histoires racontées ici, si vous détenez la preuve de leur authenticité, totale ou même partielle (un point de départ véridique, par exemple), si vous connaissez d’autres histoires aux mêmes caractéristiques, n’hésitez pas à m’en faire part... Ces contributions seraient publiées, en contrepoint ou en complément.

 

 

Tiens, voilà justement, en  ajout, une autre histoire de sanglier,  que m'indique ma fille :

Celles ou ceux qui la lui ont racontée la situent en Bergeracois... dans le Bordelais... près de Porto Vecchio. Deux jeunes veulent aller en boîte. Ils empruntent - sans le prévenir -  la voiture du père d’un des deux. Une très belle voiture aux fauteuils de cuir. Sur la route, ils percutent un sanglier. Ils s’arrêtent. Le sanglier gît, inanimé. Pourquoi le laisser là ? Ils le chargent dans le coffre, arrivent à destination, font la fête toute la nuit... En sortant du Windsor... du Macumba... de la Via Notte - c’est selon - ils découvrent atterrés que le sanglier n’était pas mort. En leur absence, la bête est revenue à elle et elle n’a pas trop apprécié de se retrouver enfermée. Les  beaux fauteuils de cuir sont détruits... La fête prend un petit goût amer : va expliquer ça au père, au saut du lit...

 

Cette histoire est racontée avec des variantes par Anna Gavalda dans la nouvelle intitulée "Junior", de son recueil «Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part». et dont vous pourrez lire quelques extraits ici.

 

 

 

Et ceci, maintenant, trouvé sur un site de discussion, à propos de rencontre entre automobile et sanglier :

 

      "J'ai ouïe dire une histoire (le fils d'un collègue), il emprunte la caisse à papa pour aller en boite. Pas de bol le mec éclate un sanglier. Se disant que le père va jamais le croire il charge le sanglier (le croyant mort) dans le coffre de la voiture avec ses potes et part en boite. 

 
En plein milieu de la soirée, le DJ fait une annonce comme quoi il y a une voiture avec un gros chien qui n'arrête pas de bouger. Les mecs sortent, voient la voiture qui bouge dans tous les sens. Le gars ouvre la porte. Le sanglier n'étant pas mort, ce dernier avait défoncé la banquette arrière et avait ruiné tout l'intérieur. Le pire c'est qu'il s'est taillé... et qu'ils l'ont jamais rattrapé..."

 

Je trouve particulièrement intéressante cette version qui doit beaucoup à l'oralité et montre que l'une des principales raisons de la diffusion de ces "rumeurs" ou "légendes urbaines" est le plaisir de raconter, de jouer avec la langue (la caisse à papa, le mec éclate le sanglier, l'intérieur est ruiné...). 

 

 

 bosquet à Las Brugnas

 

Illustration Didier Ballesta

 

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Soirée de restitution de la collecte occitane à Thenon

Dimanche 13 juin 2010

Contes : histoires... légendes...

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Voilà vraiment un moment qu’on aurait regretté de rater... Même pour qui, comme moi, ne comprend que très-très imparfaitement le patois, version locale de la langue occitane, la restitution filmée de fortes personnalités de chez nous (que vous aurez plaisir à découvrir ou retrouver en cliquant sur le site de la commune de Limeyrat) avait un goût de trop peu...

Imaginez... Seulement 40 minutes de restitution (des interventions toutes plus passionnantes les unes que les autres...) sélectionnées sur une masse documentaire de 12 heures ! Quelle frustration.

Divers thèmes furent abordés : les coutumes spécifiques de notre secteur concernant les naissances, les fêtes (Noël, carnaval, Saint-Jean), les rituels liés à l’achat des bestiaux (comme "lo vinatge", gouleyante récompense de celui qui assurait la médiation entre vendeur et acheteur), la vie rurale, etc. 

Ce fut aussi l’occasion de découvrir de savoureuses expressions.

Citons pour le plaisir (mais en français...), cette parole du cru : «Il a vu le loup...»,

sans aucun rapport avec le sens habituel, dans "elle a vu le loup..." celui que lui donne le chanteur Renaud, dans une de ses chansons... Cela se disait ici quand quelqu’un, sous le coup d’une grande émotion, se retrouvait sans voix...

On raconte en effet qu’un enfant qui rentrait chez lui se sent suivi par un loup. L’enfant tente en vain de distancer l'animal. Arrivé chez lui à Thenon, car c’est à Thenon que cette histoire (véridique, mythique ?) se situe, le loup toujours sur ses talons, l’enfant referme la porte derrière lui, se rue dans les bras de son père... Mais reste muet... Quelques minutes plus tard, il retrouve l’usage de la parole et explique l'aventure. Son père qui se saisit du fusil pour régler son affaire au loup, qui, heureusement pour lui, a filé...

Citons aussi la Berana (prononcer «lo Bèrano»), cette sorcière tapie dans les citernes d’eau et qui aurait tôt fait d’y entraîner l’enfant imprudent attiré en ce lieu, ou encore la Vielha (la Vieille) dont la présence semble toujours attestée, dans la mare, à la Champagne...

D’un qui n’était pas très net, on disait en Dordogne qu’il était «coquin comme Bazaine», du nom d’un maréchal responsable de la défaite contre les Prussiens en 1870... Mais il y eut aussi des personnages locaux dont on ne sait rien, mais dont les actions furent sans doute loin d’être exemplaires puisqu’ils ont survécu dans la conscience collective au travers de l’expression «coquin comme ......» (en patois, «coquin coma ...», prononcer «couqui coumo ...»).

 

Pour plus d’infos sur le travail de collecte sur tous les cantons du Périgord par l’équipe Patrimoine et culture occitane de l’Agence culturelle, cliquez ici.

 

D. B.

 

Ajout du mercredi 18 août 2010

Et concernant nos voisins du canton de Saint-Pierre-de-Chignac, visitez donc cette  page,du très intéressant site de l'ASSOCIATION PATRIMOINE NATURE BLIS-ET-BORN. S'y trouvent recensés tous les mots du patois local concernant la nature, les activités humaines